Vous les avez vus se coller la langue sur un poteau gelé, se battre en wakeboard ou survivre à des défis absurdes dans les montagnes de l’Isère. Mais derrière les rires, il y a une vraie histoire de bande, une ambition construite depuis le Trièves, et une machine créative bien huilée que peu d’observateurs ont prise au sérieux… avant que les chiffres ne parlent d’eux-mêmes. Près de 850 000 abonnés, une marque de vêtements, une société enregistrée, un caméraman attitré. On vous raconte comment cinq copains de montagne ont construit, sans quitter leur vallée, l’une des chaînes YouTube les plus attachantes du paysage francophone.
Qui sont vraiment les cinq membres ?
Ce qui frappe d’emblée avec La Compagnie, c’est que chacun des cinq membres incarne un rôle bien défini, sans que personne ne l’ait vraiment décidé. Les personnalités se sont imposées naturellement, au fil des vidéos, et c’est justement ce qui rend la dynamique de groupe aussi lisible pour les spectateurs.
Voici les cinq visages qui composent la bande :
- Mickaël (Mick) : le chef d’orchestre enthousiaste, parfois même un peu trop. Son rire de dauphin est devenu une signature sonore à lui seul. C’est lui qui formule souvent les idées les plus folles avec le plus grand sérieux.
- Benjamin (Benj) : le spécialiste des blagues gênantes qui se révèlent, après coup, être des blagues d’exception. Un timing comique très particulier, une présence qui ne laisse personne indifférent.
- Tanguy (Turbotanguy) : le casse-cou désigné, toujours partant pour jouer le crash test. Quand personne ne veut se lancer, Tanguy est déjà en train d’enfiler ses chaussures.
- Allan (Montmayeul TV) : le personnage fou et attachant du groupe. Il fait des bêtises, beaucoup de bêtises, mais on ne lui en veut jamais. C’est Allan, c’est tout.
- Maxime (Max) : le plus soigné des cinq, et pour cause : c’est un sportif professionnel en wakeboard. Une certaine élégance qui tranche avec l’ambiance générale, et qui rend le groupe encore plus équilibré.
Des montagnes du Trièves à 900 000 abonnés
L’histoire commence en fin de lycée, quelque part autour de 2020, avec la fusion de deux groupes de potes : Mickaël, Tanguy et Benjamin d’un côté, Allan et Maxime de l’autre. Comme ils le résument eux-mêmes, c’est « un couple géant à cinq ». Le ciment de l’union ? Une passion commune pour le défi, le rire et les idées qui partent en vrille. Rien de calculé, rien de stratégique au départ.
Ce qui rend leur trajectoire singulière, c’est un choix que peu de créateurs français auraient assumé : rester dans le Trièves, cette vallée du sud de l’Isère à une cinquantaine de kilomètres de Grenoble, plutôt que de monter à Paris pour « percer ». Dans le milieu YouTube francophone, où la capitale concentre une large partie des créateurs ambitieux, ce contre-pied est presque révolutionnaire. Ils revendiquent d’ailleurs ouvertement d’être des « youtubeurs de la campagne », avec la fierté de ceux qui n’ont rien à prouver à personne.
Leur ancrage territorial n’est pas un détail anecdotique : il structure toute leur identité visuelle. Les forêts, la neige, les lacs, les terrains accidentés de l’Isère deviennent des décors naturels que n’importe quelle chaîne parisienne ne pourrait pas reproduire en studio. C’est le Trièves qui donne à leurs vidéos cette texture brute, ce sentiment d’espace et d’authenticité qui fidélise.
Le style “Nouveaux Jackass” : une niche sans concurrence
Dans le paysage YouTube francophone, les catégories sont souvent saturées. Pas celle-là. La Compagnie a occupé très tôt un territoire que peu osaient investir sérieusement : les défis physiques extrêmes, les cascades et les concepts délirants filmés en pleine nature. Langues collées sur des poteaux glacés, survie en igloo, épreuves de wakeboard ou d’accroche-corde : leurs idées flirtent avec l’absurde sans jamais tomber dans la mise en scène forcée. Le résultat, c’est une chaîne qu’on pourrait définir comme les « Nouveaux Jackass » à la française, version montagnes et amitié sincère.
Ce qui distingue leur format des chaînes de divertissement classiques, c’est précisément ce que les algorithmes ne savent pas mesurer : la vraie complicité entre les membres. On ne voit pas cinq créateurs qui jouent des rôles, on voit cinq amis qui se font vraiment mal pour faire rire l’autre. La spontanéité perçue, même quand la production devient plus professionnelle, reste le moteur principal de l’engagement. Là où d’autres chaînes construisent une proximité simulée, ici elle est structurelle. Ce n’est pas un positionnement marketing, c’est une réalité.
La société “Les Cinq” : quand les potes deviennent des entrepreneurs
Derrière la chaîne YouTube se cache une structure juridique bien réelle : la société LES CINQ, immatriculée sous le SIREN 934217373. Son objet couvre les prestations de service dans les médias, internet et l’évènementiel, ainsi que les activités de création. Ce n’est pas une coquille vide : c’est le signe que le groupe a rapidement compris qu’il fallait encadrer juridiquement et financièrement ce qui devenait une activité à part entière.
Leurs revenus proviennent de plusieurs sources complémentaires : la monétisation YouTube, les partenariats commerciaux (des marques comme Subway ou Holy Energy ont déjà collaboré avec eux), et la marque de vêtements La Compagnie Création. Ce qu’ils décrivent eux-mêmes, c’est un réinvestissement progressif dans les productions : au début, les premiers revenus allaient à un membre, puis à deux, puis au groupe entier. Une croissance organique, maîtrisée, sans levée de fonds extérieure ni producteur derrière. Ils ont construit leur entreprise comme ils ont construit leur groupe : un pas après l’autre, entre eux.
La Compagnie Création : une marque de vêtements ancrée dans les valeurs du groupe
Quand une chaîne YouTube lance sa marque de vêtements, le réflexe est souvent d’y voir un simple outil de monétisation supplémentaire, un logo brodé sur un hoodie vendu trop cher. Chez La Compagnie, c’est différent, et ils le savent. lacompagniecreation.com est présentée comme une extension de leur identité, pas comme une boutique annexe. Les vêtements sont pensés pour ceux qui partagent les mêmes valeurs : le dépassement de soi, la fraternité, le respect des autres et l’amour de la nature.
Ce positionnement est cohérent avec leur discours depuis le début. La communauté ne porte pas un logo, elle s’approprie un état d’esprit. C’est subtil, mais c’est ce qui fait qu’un simple achat devient un acte d’appartenance. Dans un marché du merch saturé, cette logique d’identification profonde est peut-être leur meilleur avantage concurrentiel.
Ce qui ne se voit pas à l’écran : l’organisation derrière les vidéos
Une publication hebdomadaire régulière sur une chaîne à 850 000 abonnés, ça ne s’improvise pas. La Compagnie dispose de ses propres locaux dans le Trièves, un espace de travail et de création qui concentre toute la logistique de tournage. Dans les coulisses, deux noms reviennent systématiquement : Victor, le caméraman attitré du groupeet frère de Mick, et Kilian (Kiki), le responsable du montage. Sans eux, la mécanique ne tourne pas.
Ce duo technique permet au groupe de maintenir une cadence éditoriale que beaucoup de créateurs solos peinent à tenir. Tourner, monter, publier, recommencer. Semaine après semaine. C’est un modèle de production structuré que leur croissance a rendu indispensable, et qu’ils ont eu la lucidité de mettre en place tôt. Leur présence s’étend sur plusieurs plateformes : la chaîne principale sur YouTube, une chaîne secondaire “Les Compagnons”, Instagram, TikTok et Twitch pour les lives, chaque canal jouant un rôle précis dans l’écosystème global.
Le secret d’une fidélité hors normes
Les abonnés de La Compagnie ne se définissent pas comme un simple public. Ils se reconnaissent sous le nom de “Compagnons”, et cette désignation n’est pas anodine. Elle traduit un sentiment d’appartenance que le groupe entretient activement : rencontres physiques lors d’événements comme le Tour de France, lives réguliers sur Twitch, interactions sincères sur les réseaux. Ce n’est pas une stratégie de rétention, c’est une manière d’être qui déborde naturellement sur la relation avec leur audience.
Ce qui rend cette fidélité encore plus rare, c’est que le groupe tient. Cinq amis qui restent soudés malgré la croissance, les pressions, les tentations de carrières solo. Dans un milieu où les collaborations se font et se défont au gré des audiences, leur longévité collective est presque un acte de résistance. Ils prouvent, sans le formuler ainsi, que l’amitié peut être un modèle économique viable.
Dans un monde où chaque créateur joue solo, ils ont démontré qu’une bande de copains bien soudée peut battre n’importe quel algorithme.

