Vous cherchez une location pour les vacances, vous êtes six, et vingt onglets traînent sur l’écran. Des sites au design daté, des menus qui se perdent, des GIF qui clignotent dans un coin. En 2006, un jeune de 20 ans a décidé que ça pouvait être moins pénible. Hamaied Shaiek, développeur et référenceur autodidacte, a fondé Sun Location, une plateforme qui propose aujourd’hui plus de 100 000 locations. Nous l’avons interrogé sans détour, chiffres à l’appui.
Comment un étudiant en informatique de Grenoble se retrouve-t-il à lancer un site de location à 20 ans ?
Par une galère de réservation. En 2006, je cherchais une location en Espagne avec des amis, et j’ai réalisé à quel point c’était compliqué de trouver un hébergement qui corresponde. Je dirigeais déjà une agence web et je réfléchissais à un site e-commerce. Ce jour-là, j’ai eu le déclic : pourquoi ne pas faire une plateforme dédiée aux locations de vacances ?
Je suis né à Grenoble, j’ai grandi à Eybens, et j’ai passé un BTS informatique de gestion, option développement d’applications, au lycée Louise Michel. J’ai enchaîné des stages de webmaster, puis j’ai créé Neoxy Design en mars 2006 : sites internet, hébergement, référencement. Ensuite, j’ai été développeur chez Cybercité à Lyon en 2008, puis responsable du pôle web des Grandes Imprimeries à Voiron en 2009, en freelance. Je savais coder, référencer et vendre, donc je n’ai eu besoin de personne pour passer de l’idée au site.
Reste à savoir à quoi ressemblait le terrain de jeu à l’époque.
Que faisait le web de la location de vacances avant Airbnb, et qu’avez-vous voulu changer ?
Les sites n’étaient franchement pas très attrayants. Des designs dépassés, une navigation peu intuitive, et c’était encore l’époque des GIF animés un peu partout. Airbnb n’existait pas encore. Je me suis dit qu’en alliant mes compétences techniques à une approche centrée sur le vacancier, il y avait une vraie place pour une alternative plus moderne.
Ma ligne n’a pas bougé depuis : réservation en ligne instantanée avec confirmation immédiate, disponibilités et tarifs en temps réel, et un numéro de téléphone en cas de doute. Mes concurrents ne le proposaient pas à l’époque, et je tiens à cette dimension humaine. En 2018, on a refait le logo, la charte graphique et le site, passé en responsive design pour les tablettes et les smartphones. Une application mobile existe aujourd’hui sur iPhone et Android.
Un site clair séduit, mais il faut qu’il rapporte.
Comment gagne-t-on de l’argent en revendant des séjours qu’on ne possède pas ?
On touche une commission sur chaque réservation confirmée. Je ne propose que des locations gérées par des agences professionnelles, et sur l’année 2017, cette commission représentait environ 10% des sommes engagées. En 2018, le catalogue est passé de 50 000 à 100 000 annonces grâce à un nouveau partenaire, Locasun. Il s’ajoutait à Interhome, Interchalet, Belvilla et Novasol.
Seul pendant près de dix ans : à quoi ressemble le quotidien d’un fondateur sans équipe ?
À un bureau à la maison et un ordinateur. J’ai travaillé de chez moi jusqu’en septembre 2015, avec un simple ordinateur, et j’ai toujours travaillé seul jusqu’en 2018. Je lançais aussi Noorea.com en juin 2015, une autre plateforme de réservation de maisons et villas de vacances.
Voici ce que je gérais en parallèle sur Sun Location :
- la création et la gestion de la société, comptabilité comprise ;
- le référencement, l’analyse du trafic et le suivi des positions sur Google ;
- la prospection, la fidélisation et les campagnes Google Ads ;
- le développement du site et la création de contenus ;
- les réseaux sociaux, le support technique et commercial.
En 2018, mon chiffre d’affaires grimpait et je savais qu’il faudrait recruter, notamment pour épauler le service client. Ce qui m’a le plus coûté de lâcher, c’est le contact avec les voyageurs : le téléphone reste ce qui nous distingue.
Pendant ces années, l’essentiel de l’argent allait à un seul poste.
Pourquoi maximiser le budget SEO et marketing, quand on démarre de rien ?
Parce que je suis parti d’un investissement minimal, et que l’essentiel de mes dépenses a servi à faire exister le site.
Je suis référenceur de métier : optimisation des balises, réécriture d’URL, maillage interne, campagnes de netlinking, audits et détection de pénalités Google comme Panda et Penguin. Mes outils : Majestic, Ahrefs, Semrush, Google Analytics. Aujourd’hui, mes trois leviers pour me faire connaître sont la publicité Google, le référencement naturel avec des textes optimisés, et les réseaux sociaux.
Côté technique, le site tourne en PHP et MySQL, avec du JavaScript sans framework et un serveur Nginx. J’ai fait ce choix pour garder le contrôle du code et optimiser les performances.
Pourquoi avoir viré les appartements et les mobil-homes de votre catalogue en 2019 ?
Pour me spécialiser. En novembre 2019, j’ai sorti du catalogue tous les appartements et les mobil-homes, pour me concentrer sur les maisons de vacances, les villas avec piscine privée et les chalets. C’était un choix net : moins d’annonces, un positionnement plus lisible.
Ce choix a été confirmé par les résultats de 2020. Le dossier de presse 2025 mentionne de nouveau des appartements dans l’offre, du studio en bord de mer à la villa de luxe, avec plus de 100 000 locations en Europe.
Comment avez-vous vécu 2020, l’année où tout s’est arrêté ?
Mal, au départ. Les ventes démarraient bien début 2020, puis en mars et en avril, les demandes d’annulation sont arrivées en masse. C’était une situation catastrophique : on redoutait de devoir mettre la clé sous la porte, avec près d’une réservation sur deux annulée. On a proposé deux options aux clients : un avoir valable 18 mois, ou un report des dates selon les conditions des agences partenaires.
Le déconfinement du 11 mai a changé la donne, et juin a été tout simplement exceptionnel : un tiers du volume d’affaires de l’année, soit un million d’euros, sur ce seul mois. On a terminé à 3 millions, contre 2,4 en 2019, soit 25% de plus. Beaucoup de voyageurs ne pouvaient pas partir à l’étranger, à cause des frontières fermées ou des billets d’avion difficiles à réserver, et ils ont préféré éviter les hôtels et les campings. En 2021, on a noté un engouement pour le slow tourisme, avec des vacanciers qui cherchent des demeures de charme, des grands espaces et du confort.
Que retenir de ses erreurs pour qui veut lancer un site de réservation aujourd’hui ?
Ce que je retiens de ces années tient en quatre points :
- travailler uniquement avec des agences professionnelles, pour que les offres soient fiables et sans arnaque ;
- garder un vrai contact humain, par téléphone ou par e-mail ;
- soigner l’interface et la rapidité du site ;
- se spécialiser plutôt que tout proposer.
Mes principaux concurrents sont Airbnb, Booking et Abritel, et j’ai beaucoup de respect pour eux. Mais on reste à taille humaine, et c’est ce qui fait notre différence. Notre besoin du moment, c’est la visibilité, via le SEO, la publicité ciblée et les réseaux sociaux. Je ne prévois aucune revente, Sun Location reste indépendante.
La question qu’on ne vous pose jamais ?
On ne me demande presque jamais de quoi je suis le plus fier. Ma plus grande satisfaction, c’est d’avoir conçu une solution qui rend l’organisation des vacances accessible à tous, selon les envies et les budgets. Le site affiche aujourd’hui une note moyenne de 4,5 sur 5 sur 1 044 avis clients, collectés par Avis Vérifiés depuis octobre 2016.
Je suis passionné de voyages et d’informatique, et c’est la seule recette que j’ai. Je veux que partir en vacances soit la partie facile.

